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Seul en apparence,nombreux en silence


 

« Maman, quand Snakie va partir, tu seras hospitalisée pour la maladie du chagrin ? »

 

Ce sont les mots de ma fille, 8 ans, qui n’a pas compris pourquoi sa maman a été emmenée à l’hôpital pour déshydratation et dénutrition, à la suite de ce que j’ai appelé : la maladie du chagrin.

 

Cette maladie, je l’ai connue plusieurs fois lorsque j’étais enfant.

Mais jamais aussi intensément. Jamais aussi brutalement.

 

Peut-être parce qu’enfant, on s’accroche à l’idée qu’il y a toujours un “après”.

Que nos animaux ne disparaissent jamais vraiment.

Qu’ils restent, quelque part, encore présents dans nos vies.

 

Aujourd’hui, je suis adulte.

Forte, en apparence.

Mais aussi sensible, anxieuse, et avec cette envie irrépressible de tout contrôler… même la santé de ceux qui partagent ma vie, à quatre pattes, à plumes ou à écailles.

 

Et puis il y a ce moment.

Celui que l’on n’imagine jamais vraiment.

 

On les retrouve, immobiles.

Le temps se fige. Le cœur s’emballe. Et tout notre esprit refuse d’y croire.

 

On entend des mots “il/elle s’en est allé(e)” mais ils ne prennent pas sens. Pas tout de suite. Peut-être jamais complètement.

 

Il y a le choc, l’incompréhension.

Ce besoin presque violent de comprendre ce qui s’est passé, de savoir, de refaire l’histoire dans sa tête.

 

On se demande ce qu’on a raté, ce qu’on aurait dû voir, ce qu’on aurait pu faire autrement.

 

Et même quand on obtient des réponses… elles n’apaisent pas toujours.

Parfois, elles font encore plus mal.

 

Et puis il y a ces autres moments… Ceux où l’on voit la fin arriver. Lentement.

 

La maladie qui s’installe, les jours qui deviennent plus difficiles, les décisions impossibles à prendre.

 

Espérer qu’ils restent ou accepter de les laisser partir.

 

Et quand la fin arrive, même entourée, même douce, même “choisie”… il reste cette douleur étrange.

 

Celle de les voir partir mais aussi celle de se demander s’ils ont souffert.

 

Celle de les aimer assez pour vouloir leur paix… mais de ne pas savoir vivre avec leur absence.

 

Vous voyez ce moment ?

 

Celui où tout bascule sans prévenir.

 

Cette partie de vous qui s’effondre et qui, des années plus tard encore, peut vous faire pleurer sans prévenir.

 

Et après ?

 

Après, il y a le silence.

 

Et puis les mots des autres.

 

« 13 ans, c’est un bel âge. »

« Tu as fait tout ce que tu pouvais. »

« Elle savait que tu l’aimais. »

 

Des mots bienveillants, sincères mais qui n’atteignent pas vraiment l’endroit où ça fait mal.

 

Alors on acquiesce, on remercie, on sourit parfois poliment alors qu’au fond, nous sommes meurtris et on se sent seul.

 

Seul avec cette douleur qui ne ressemble à rien d’autre.

Seul avec cette culpabilité qui s’invite sans prévenir.

Seul avec cette impression étrange d’en faire trop.

 

Comme si ce chagrin-là n’avait pas vraiment sa place.

 

Alors on se tait, on garde tout à l’intérieur.

 

Et pourtant…

 

La vérité, c’est que nous sommes nombreux à ressentir cela.

Nombreux à traverser cette “maladie du chagrin” dont on parle si peu.

 

Parce que parfois, la douleur est si forte qu’elle dépasse les mots.

Elle devient physique. Oppressante. Épuisante.

 

Et comment pourrait-il en être autrement ?

 

Ils partageaient nos journées, nos habitudes, nos silences.

Ils étaient là dans les petits riens comme dans les grands moments.

 

Ce n’étaient pas “juste des animaux”.

 

C’étaient des présences, des repères, des membres de nos familles.

 

Peut-être qu’un jour, elle comprendra.

Que cette “maladie du chagrin” n’en est pas vraiment une.

Que c’est simplement ce qui reste quand on a aimé sans compter.


Et que si un jour elle la ressent à son tour, j’espère qu’elle saura ceci :

On peut se sentir terriblement seul dans ces moments-là…

mais on ne l’est jamais vraiment.

 
 
 

1 commentaire


Coucou ma chère Julie, tes mots sont si justes et si touchants ! je redoute ce moment avec ma Salto. J'espère que tu vas mieux et j'espère partager avec vous prochainement. Bravo pour ton investissement, ta sensibilité et ton engagement envers les animaux. Je vous embrasse, Françoise

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